Le conseil municipal — la presse le dit également — était assez tendu. Il faut dire que parmi les dossiers mal ficelés, celui-là remportait la palme puisqu’il cumule des retards importants, des promesses mal tenues et surtout un investissement conséquent qui est, aujourd’hui, dans le vide...
«Monsieur le maire,
Il y a deux problèmes dans ce dossier. D’abord les travaux sont à peine commencés que nous avons des avenants même si grâce aux bonnes prévisions des services, on se maintient, pour l’heure, dans l’enveloppe prévue. La structure du bâtiment, son âge, le manque chronique d’entretien et sa localisation font que nous ne sommes par à l’abri de nouvelles mauvaises suprises.
Monsieur le maire, puisque tout le monde à l’air de bonne humeur, je vais vous livrer la raison pour laquelle le groupe d’opposition a beaucoup ri en préparant ce point de l’ordre du jour. En réalité, nous avons pensé à La chèvre de monsieur Seguin, de Daudet. La nouvelle que l’on apprenait à l’école commence par “Monsieur Seguin n’avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres” ; là, nous pensions “Monsieur Malhuret n’avait jamais eu de bonheur avec ses chefs”, cuisiniers s’entend. Après l’affaire Décoret qui a été gérée en dépit du bon sens, chacun en convient, voilà que Vincent Thiessé a disparu au sens où le chef qui devait occuper la Rotonde après 1,7 millions de travaux ne vient plus. Nous vous avons écrit sur cette question au début du mois de septembre. Vous aviez annoncé cette venue avec beaucoup d’emphase, monsieur le maire et aujourd’hui, nous nous retrouvons avec 1,7 MEUR dépensé et aucun débouché. Comme je ne résiste jamais à faire un bon mot surtout quand il est mauvais, et pour continuer avec Alphonse Daudet, nous avons eu, avant les élections Tartarin de Tarascon à la Rotonde et aujourd’hui, c’est l’Arlésienne.
Monsieur le maire, nous voudrions que vous nous disiez d’une part si la convention d’occupation a été signée, d’autre part où vous en êtes des relations avec cet exploitant.»
Le maire m’a indiqué qu’il n’avait pas répondu à ma lettre car elle était désagréable. Ensuite que personne à part l’opposition ne pouvait avoir ce chef-cuisinier au téléphone enfin qu’il n’avait pas signé de convention d’occupation et qu’il partait donc à la recherche d’un nouvel exploitant.
Voici ce que j’ai répondu :
« Monsieur le maire, vous trouvez ma lettre désagréable. Ma lettre dit la vérité et c’est la vérité qui est désagréable. Et si nous étions d’accord, sur l’obet ou sur la méthode, vous seriez là, derrière moi sur les bancs de l’opposition.
Ensuite vous m’indiquez que Vincent Thiessé est injoignable. Moi je l’ai eu au téléphone et je vais vous dire pourquoi vous n’arrivez pas à le joindre : vous n’avez pas le bon numéro de téléphone ; celui qui est sur le dossier de presse n’est pas le bon. Ensuite, je comprends que vous n’avez pas signé de convention d’occupation. Vous avez donc investi sans filet. Plus grave sans doute est que vous mettez en cause Vincent Thiessé qui est un professionnel connu mais vous ne mettez jamais en cause le mode de recrutement, personnel, de cet exploitant. Il faudrait donc tirer la leçon de cet échec et constituer un vrai jury pour la prochaine fois.»