Monsieur le maire,
Il est une prescription que vous avez respectée depuis le début du mandat, c’est celle de jouer la transparence sur les tarifs municipaux et, en cas d’augmentation, de proposer systématiquement la comparaison avec les tarifs précédents.
Pour cette délibération, vous ne l’avez pas fait et pour cause puisque nous avons des augmentations moyennes proprement effarantes :
- 10,36% pour les Vichyssoises et les Vichyssois ;
- 198,96% pour les habitants de VVA ;
- 128,04% pour le reste du monde comme on dit en économie.
Cette proposition est proprement hallucinante mais elle vient confirmer les décisions que vous avez prises au cours des derniers mois et qui vont aboutir, si nous n’y mettons pas un coup d’arrêt, je le redis et je prends à nouveau date, au déclassement de l’école de musique.
Elle vient confirmer la position que vous avez prise sur la signature du Schéma départemental des enseignements artistiques. C’est une position très complexe d’ailleurs multiforme selon les interlocuteurs, résumée aux parents d’élèves de l’école de musique dans un courrier qui mêle plusieurs problématiques mais qui consiste pour l’essentiel à faire porter au Conseil général une immense responsabilité dans la menace qui pèse sur ce qui est encore une des meilleures écoles de la région ; cette position est contredite point par point par l’analyse qu’en a faite le président du Conseil général — que je vous ai d’ailleurs fait parvenir — et qui confirme les 79.000 € de subvention, la prise en charge pour la danse de deux postes (un DE et un CA) puis à terme d’un autre CA, bref le financement de la totalité du surcoût lié à l’ouverture d’un nouveau département indispensable pour ne pas déclasser l’école avec, en plus, l’apport de la part versée par l’État pour le CEPI.
Le seul argument qui reste après cela, c’est éventuellement le coût de l’école, ce que vous appelez le déficit. Dans cette enceinte, vous avez parlé de 1,2 millions d’euros ; c’est un chiffre que je ne retrouve nulle part mais si votre politique consiste, sans même parler de prioriser les choix, à fermer tout ce qui coûte plus d’un million d’euros au budget communal, il ne va plus nous rester, par définition, grand chose à gérer.
Cette proposition, elle vient confirmer également la décision brutale de suppression du stage des jeunes de l’Allier au prétexte, encore une fois, du conseil général qui aurait « supprimé la subvention », suppression démentie depuis par le président du Conseil général et les conseillers généraux qui sont vos adjoints vont naturellement pouvoir vous confirmer l’inscription de cette subvention à la session d’octobre ; tout ce qu’on peut donc reprocher au Conseil général c’est un retard et de voter la subvention une fois la manifestation réalisée :
- d’abord c’est déjà arrivé par le passé sans que personne ne s’en émeuve dans cette mesure ;
- ensuite ce sont des choses qui arrivent dans les collectivités locales : nous venons nous-même de voter des subventions pour des manifestations d’ores et déjà réalisées ;
- enfin, vu les sommes en jeu, la ville me semble apte à les avancer jusqu’en octobre.
Sur ces deux points, et en particulier le premier, on voit bien comment en créant de toute pièce une incompréhension entre les deux collectivités concernées, on aboutit à une espèce de flou qui rend presque inévitable, ce qui est en réalité un choix politique d’abandonner cette école.
Sur cette incompréhension, j’ai suggéré au conseil général qui est acteur majeur dans ce dossier d’organiser une rencontre entre les élus et les services concernés. Vendredi dernier, le président du conseil général et son vice-président chargé de la culture m’ont confirmé de vive voix leur accord. Aujourd’hui donc et en tous cas après cette rencontre, si l’école de musique de Vichy périclite ce sera une décision résultant d’un choix politique et pas d’une situation inévitable et inextricable comme vous souhaiteriez le faire croire.
Je veux dire deux derniers mots sur les tarifs avec une constatation simple.
Quand on lit la grille, on lit trois incohérences. Incohérence dans les variations de prix : désormais louer une clarinette coûte deux fois et demi plus cher aux élèves venant de Charmeil qu’aux élèves habitant Vichy. Je veux bien que l’on module les tarifs de cours mais l’amortissement, qui est globalisé, coûte à l’unité la même chose par instrument d’où qu’on vienne…
Incohérence aussi dans les augmentations. À Vichy, ce sont les étudiants — c’est à dire les 18-25 ans — entrant en 1er cycle — c’est à dire le cours préparatoire de l’école de musique — (l’effectif est de zéro en ce moment) qui ont la baisse la plus importante des tarifs (-35%) et ce sont les jeunes de troisième cycle qui ont la plus grande hausse (70%). En ce qui concerne les extérieurs à Vichy de sont les adultes entrant en cours préparatoire qui ont la plus grande baisse (-4%) et les enfants d’une fratrie entrant en troisième cycle qui ont la plus grande hausse (ils étaient à 93 €, ils passent à 720 €, 680% d’augmentation).
Incohérence enfin parce que les augmentations sont plus importantes pour les élèves appartenant à la communauté d’agglomération dont vous êtes vice-président que pour les élèves extérieurs à VVA…
Si vous appliquez cela à la famille type d’usagers de l’école : la famille habitant Vichy payait 507 €, elle paiera demain 560 €, soit 10,45% d’augmentation, le chiffre annoncé tout à l’heure ; la famille habitant Charmeil, payait elle 585 € va devoir désormais payer 1640 € soit 180% d’augmentation.
Vous faites donc deux choses avec cette nouvelle grille tarifaire :
- d’abord vous tirez l’école vers le bas : en rendant financièrement durement accessible le cycle 3, votre décision c’est que tout le monde s’arrête au cycle 1, en CM2 quoi ; à la limite en troisième mais en tous cas, le lycée et le bac de musique sont désormais réservés aux familles qui en auront les moyens financiers ; monsieur le maire ce choix là, c’est exactement le contraire de ce que sont la musique et l’enseignement de la musique.
- ensuite, vous réservez l’école aux enfants de Vichy en édifiant un mur de l’argent entre Vichy et les autres communes et ça aussi c’est exactement le contraire de ce que sont la musique et l’enseignement de la musique.
Je demande donc à mes collègues conseillers municipaux de prendre la mesure du vote qu’ils vont émettre ce soir et d’en mesurer l’importance et la gravité.
En conclusion, monsieur le maire, je vous ai souvent entendu — je suis toujours très attentif à vos allocutions — citer Le Gai Savoir et on ne peut pas dire que vous tentez cette réforme de l’école de musique sur des pattes de colombe.
Notre souhait c’est que vous retiriez cette délibération que l’on mettre à profit l’été d’abord pour que les gens se parlent, mairie et conseil général, que l’on dissipe cette incompréhension qui me semble maladroitement entretenue, que collectivement, on identifie les difficultés de manière à ce que des propositions puissent être faites et que peut-être nous prenions plaisir à relire Le Gai Savoir ou Humain trop humain et les passages sur la musique dans lesquels vous ne trouverez pas un mot pour justifier la délibération que vous venez de nous proposer.