VICHY – Dans le journal « La Montagne » daté de ce matin, le maire de Vichy espère du dossier de la cession du patrimoine thermal qu’il trouve un « un dénouement en 2012. »
Le groupe municipal peut naturellement partager ce vœu… mais le complète volontiers par deux autres vœux :
1.- celui que la ville de Vichy conserve la maîtrise de son nom et du patrimoine que ses habitants ont construit et fait vivre ;
2.- que le dossier soit géré par l’État et par la ville de manière transparente et publique.
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Car aujourd’hui, tout ce passe comme si le plus mauvais des scenarii envisagé par le groupe dans son rapport de juin 2010 allait se réaliser.
1.- La perspective d’une cession à l’euro symbolique réclamée par le groupe dans son rapport — pages 86 à 90 — et acceptée par le préfet de l’Allier lors de l’émission de télévision du 14 janvier 2011, s’éloigne.
- D’abord en raison de cette nouvelle évaluation demandée par la ville de Vichy et VVA qui porte la valeur du patrimoine aux alentours de 50 millions d’euros quand les derniers chiffres tournaient autour de 20… Nous l’avions dit, écrit et répété : cette demande d’évaluation était risquée car si elle était plus élevée que les précédentes — ce qui se passe finalement — la tentation de l’État serait vendre à titre onéreux.
- Ensuite en raison de la candidature au rachat de la Compagnie de Vichy. Qualifiée de fantasme par le maire au moment de la sortie de notre rapport, elle a été confirmée par la Compagnie de Vichy en janvier dernier et l’est de nouveau de manière on ne peut plus claire par le dernier rapport d’évaluation.
- Enfin parce que l’engagement du préfet et de la ville sur cette question, le 14 janvier dernier, n’a été, pour des raisons inexplicables, suivi d’aucun effet et qu’en particulier le maire a refusé — lors du conseil municipal du 1er avril 2011 — de confirmer ces engagements par écrit.
2. On s’oriente clairement vers une vente du patrimoine à la Compagnie de Vichy : la nouvelle évaluation correspond à son budget (elle avait indiqué pouvoir mobiliser 45 millions d’euros dans le rapport de IGF et de l’IGAS).
Cette solution est la plus mauvaise qui soit pour la ville et ses habitants. La puissance publique doit demeurer très largement majoritaire dans la possession du patrimoine thermal. L’argument principal en est simple : la propension d’un acteur privé à favoriser les activités lucratives est inévitable. La gestion des marques, dont la marge opérationnelle est voisine de 100%, rappelons-le, et l’eau qui au terme d’un accord devient une véritable rente, seraient naturellement privilégiées face à un thermalisme exigeant en investissement, aux prix sévèrement encadrés, offrant, lui, une marge opérationnelle moindre.
Si l’on retient cette hypothèse discutable, il faudrait se contraindre soit à abandonner purement ou simplement l’activité thermale soit à la gérer en direct, c’est-à-dire dans un système de régie municipale qui reviendrait à la faire financer par l’impôt puisque la puissance publique gérante ne disposerait plus d’autres activités lui permettant de financer les thermes.
Or, l’activité thermale est essentielle à la ville pour cinq raisons.
Premièrement économique : les curistes à Vichy, c’est 14 millions d’euros d’impact sur l’économie locale. Ceci se traduit également sur le marché de l’emploi et l’Allier est aujourd’hui en tête des départements de France dans la part de l’activité thermale au sein de l’emploi salarié touristique : elle atteint 7 %. On voit donc l’impact de l’activité thermale sur l’économie et sur l’emploi dont on aurait évidemment tort de se priver.
Deuxièmement, l’impact d’image. La vente d’eau comme celles de pastilles ou de produits cosmétiques reposent sur une image de soin, de station thermale qui ne peut pas être abandonnée sans dommage. On imagine mal que, les Thermes fermés, la crédibilité de la communication ne soit pas rapidement attaquée. Il suffit d’ailleurs de consulter sur Internet les sites Vichy ou Saint-Yorre pour constater combien l’idée de soin continue d’être associée aux produits, eaux et cosmétiques, qui y sont présentés.
L’activité thermale est donc, certes, déficitaire mais c’est par elle que les deux autres pans de la concession d’État vivent. À moyen terme, se priver du thermalisme reviendrait donc à tarir la totalité de l’activité.
Troisièmement, la question de la gestion du patrimoine immobilier. Les activités thermales sont celles qui mobilisent le patrimoine le plus important. Dans ses comptes 2009, la Compagnie de Vichy évalue la dépense liée à la gestion du patrimoine thermal à 2,6 millions d’euros6. Dans le cadre de la concession, la Compagnie doit l’entretenir, ce qu’elle fait d’ailleurs avec plus ou moins de diligence. On imagine mal un propriétaire privé continuer d’entretenir par pure philanthropie des bâtiments vastes et coûteux pour y héberger une activité par ailleurs déficitaire. Cette confrontation avec l’histoire, n’en déplaise à quelques élus, est bien une prérogative de puissance publique. S’il fallait le démontrer, l’histoire récente de la Compagnie pourrait y suffire puisque chacun se souvient du parti pris de la destruction de l’îlot de l’hôtel Queen’s pour y installer l’hôtel des Célestins ou de l’aménagement du chalet de direction, à l’angle de la rue Prunelle et de la rue du Parc pour y installer la Maison Decoret. C’est donc bien la puissance publique qui aura, et la ville de Vichy au premier chef, à se prononcer sur l’avenir de ce patrimoine et, à supposer qu’on le considère comme à préserver, à s’atteler aux moyens de sa conservation.
Quatrièmement la question de principe et d’histoire. Il serait daté de prendre, comme l’on fait certains de nos interlocuteurs, un parti manichéen sur la gestion publique qui serait, par construction, de plus long terme que la vision d’acteurs privés censés exclusivement occupés à rentabiliser leurs investissements. Mais l’expérience de la concession incite tout de même à la prudence puisque depuis les pionniers, tant la prise de contrôle que la gestion de la concession n’ont jamais plus été motivées par le service du bien commun de Vichy. L’expérience historique incite donc fortement à penser que seul un acteur public majoritaire sera en capacité de faire prévaloir une vision de long terme et la conservation de cet équilibre qui a l’avantage de la durée.
Il faut ajouter à ces quatre arguments l’irrépressible envie dans laquelle sont les Vichyssoises et les Vichyssois de regagner du pouvoir sur ce qui, au final, leur appartient. En 1992, dans une émission d’Europe 1 consacrée à l’image de Vichy, le directeur de l’urbanisme de la ville, encore en poste aujourd’hui, osait la comparaison suivante au sujet de l’Occupation : « à Vichy, il ne reste pas grand chose puisque parmi toutes les époques d’occupation de Vichy, qui a toujours été occupé[e] par ceux que l’on peut appeler les colons, depuis les Romains à Madame de Sévigné, Napoléon III, Pétain, les Compagnies fermières successives, qui sont tous des gens qui ont le pouvoir sur Vichy, qui investissent et qui occupent, alors que la population locale est plutôt une population qui sert de main d’œuvre et qui travaille pour tous ceux que l’on pourrait appeler des colons ». Si l’on soustrait à l’expression la dose de provocation et l’inexactitude syntaxique liées à l’exercice radiophonique, l’évaluation est excessive mais compréhensible. Depuis 1853, des générations de Vichyssoises et de Vichyssois de naissance, de mariage, de rencontre ou de choix, ont, par leur travail, développé la station. S’il ne faut rien enlever aux acteurs privés et publics qui ont conduit ce développement, il n’en reste pas moins que directement ou indirectement, Vichy ne serait pas Vichy sans la main d’œuvre qui, à chaque fois, a prêté la main à la construction de ces desseins communs pour la station. Beaucoup d’interlocuteurs, par exemple, n’imaginent pas que l’utilisation du nom de la ville ne rapporte rien à la municipalité. Plus avant, le domaine public dont l’agencement demeure le cœur de l’action publique est entravé car des pièces essentielles du puzzle urbain appartiennent au patrimoine concédé.
3. Le désir de transparence exprimé par l’opposition est, malheureusement toujours d’actualité. On voit mal d’ailleurs pourquoi ce sujet demeurerait entouré d’un tel secret si la transaction à venir était claire et si les acteurs du dossier n’avaient pas, en privé, d’autre desseins que ceux exprimés en public.
L’intérêt général commande à notre sens de répondre aux cinq questions que nous avons posées : la cession à un acteur public ou privé du patrimoine entier ou démembré, pour combien, en rompant ou non la concession et par quel moyen.
L’opposition a pour sa part répondu à ces cinq points. Mais ces questions ne sont pas seulement celles de conseillers municipaux, d’élus ou d’initiés. Elles doivent être aussi celles de chacune et chacun d’entre nous et notre vœu le plus cher est que le débat sur cette question soit ouvert dans les mois à venir.
On ne peut pas disposer, de nouveau, d’un patrimoine que les Vichyssoises et les Vichyssois ont contribué à forger dans une large mesure, sans leur avis et on ne peut pas exclure délibérément de ce débat, dont l’issue va engager l’avenir du bassin et son image dans les années à venir, celles et de ceux qui « sont » la ville, qui y habitent, qui y travaillent, qui y élèvent leurs enfants./.
