Hélène Millet, conseillère municipale de Vichy, est pour quelques mois au Mali. Depuis Bamako, elle nous adresse régulièrement des nouvelles que nous avons choisi de partager avec tous les Vichyssoises et tous les Vichyssois, d’où cette page spéciale qu’Hélène va donc alimenter. Bonne lecture !
13 octobre 2009, épisode 10 : combien de ponts pour Bamako ?
J’ai repris le travail depuis deux jours et déjà les embouteillages me fatiguent. Il faut que je m’y « réhabitue » car il n’y pas de solution au problème dans l’immédiat. J’habite du côté Sud de la ville, je travaille du côté Nord, et entre les deux il me faut traverser le fleuve par l’un des ponts. Et là ça coince !!
Pour schématiser, Bamako est traversé par le fleuve Niger et il n’y a que deux ponts pour le franchir : le Pont des Martyrs (encore appelé « Vieux Pont ») qui est à deux voies et le Pont du Roi Fahd d’Arabie (encore appelé « Nouveau pont ») qui est à quatre voies.
Une ville de plus de deux millions d’habitants, un fleuve large de plusieurs centaines de mètres et deux ponts pour le franchir : voilà l’équation à résoudre. Embouteillages garantis !
Un troisième pont est en construction à Bamako mais il faut encore attendre pour en voir la fin. Et un quotidien malien titrait encore récemment : il faut un quatrième pont. Face à l’expansion galopante de la ville (le nombre d’habitants a doublé en dix ans) et du trafic routier, c’est sans doute une nécessité. Dans cet article, le journaliste demandait à ce que ce pont soit financé par les maliens eux-mêmes. Pourquoi cette remarque ?
Le Pont du Roi Fahd, comme son nom l’indique, a été construit par les saoudiens et le pont actuellement en construction l’est par les chinois. Signalons dans le même ordre d’idée que la cité ministérielle en cours de construction est financée par les libyens et vous aurez compris l’allusion du journaliste.
En attendant les troisième, quatrième et peut-être un jour cinquième pont, patientons gaiement dans les embouteillages…
16 septembre 2009, épisode 9 : nouveau code de la famille (suite)
Face au débat de société et surtout aux protestations, le Président de la République, Amadou Toumani Touré (dit ATT), a tranché : il renvoie la loi sur le code de la famille vers l’Assemblée Nationale pour qu’un plus large consensus soit trouvé au sein de la société malienne. Il a donc calmé le jeu après la démonstration et le coup de force de certaines associations musulmanes qui ont réuni près de 50 000 personnes au stade de Bamako pour protester contre la loi.
La décision du Président a aussitôt été très commentée par les maliens. Certains lui reprochent d’avoir baissé pavillon, d’autres l’approuvent comme fervent défenseur de la paix sociale. Certains pensent que le parlement malien risque d’être affaibli par cette forme de désaveu du Président, d’autres indiquent que la loi a souffert d’un déficit de communication et de vulgarisation auprès de la société.
La question est de savoir quel texte sortira de ces nouvelles discussions et dans quel délai. Le Président ATT va-t-il abandonner son désir de réforme pour « refiler la patate chaude » à son successeur, comme certains journaux le laissaient entendre ?
Affaire à suivre !
12 août 2009, épisode 8 : nouveau code de la famille
Depuis quelques jours, un large débat remue la société malienne. Les députés viennent d’adopter à la majorité un nouveau code de la famille. Plusieurs articles ont retenu l’attention des maliens, tout particulièrement ceux qui concernent le mariage religieux et l’abrogation du devoir d’obéissance de la femme envers son mari. Les mouvements musulmans (le pays est musulman à plus de 90 %) ont vivement réagi, accusant les députés et le gouvernement de trahison.
La tradition et la religion assurent en effet que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci doit obéissance à son mari. Les défenseurs de ce principe avancent l’argument que c’est l’homme qui ramène l’argent au foyer (la femme restant la plupart du temps à la maison pour s’occuper des enfants, du ménage, de la cuisine…) et qu’il est donc logique que ce soit lui qui décide : un bateau ne peut avoir qu’un seul capitaine, l’homme.
La nouvelle loi, objet de vifs débats à l’assemblée, abroge ce principe. Ses détracteurs accusent le gouvernement de céder à l’influence de la culture occidentale et de vouloir saper les bases de la tradition. Ils redoutent que ce soit la porte ouverte à d’autres remises en cause, comme celle de l’excision, autre débat de société qui alimente bien des discussions…
13 juillet 2009, épisode 7 : le dimanche à Bamako…
« Le dimanche à Bamako, c’est les jours de mariage… ». Vous n’avez pas pu passer à côté de ce tube des maliens Amadou et Mariam. D’ailleurs, nombre d’amis m’ont chanté cette chanson lorsque je leur ai annoncé mon départ pour Bamako.
Eh bien, ce titre est ô combien justifié. Chaque dimanche, on voit dans tous les quartiers de Bamako des cortèges, des rassemblements multicolores de femmes et d’hommes dans des boubous en basin plus beaux les uns que les autres. Les couleurs sont chatoyantes, la musique des griots et griottes envoûtante.
La ville compte sans doute à présent plus de deux millions d’habitants et l’exode rural continue de la faire grandir rapidement. La proportion des jeunes, comme dans tout le pays, est très élevée (rappelons que l’espérance de vie est de 54 ans et que le nombre moyen d’enfants par femme est de 6). De plus, le Mali est un pays où la polygamie est pratiquée et encore relativement répandue. Enfin, le mariage est une quasi-obligation pour tout individu. On n’imagine pas le choix de rester célibataire ici. La pression de la famille est là pour rappeler que le mariage est un devoir, la famille se chargeant encore souvent de proposer voire imposer le promis ou la promise.
Une illustration convaincante : un de mes collègues a assisté à pas moins de quatre mariages hier…
26 juin 2009, épisode 6 : clôture d’une formation en savonnerie en présence du Ministre de l’artisanat et du tourisme
Planète Urgence a organisé une formation en savonnerie à la demande d’un groupement féminin de Bamako. Une chimiste de L’Oréal France est venue deux semaines pour perfectionner les méthodes de travail des femmes et les aider à améliorer la qualité de leur production artisanale de savon à base de beurre de karité.
Le beurre de karité est produit localement en grande quantité. Il est utilisé en cuisine comme en cosmétique. Ses propriétés hydratantes et protectrices pour la peau et les cheveux sont reconnues.
Le travail effectué avec les douze femmes du groupement qui ont bénéficié de l’appui a permis d’atteindre les objectifs fixés : quatre savons (à base de beurre de karité mais aussi d’huile de palme, de miel, de cire d’abeille…), un savon gommant (réalisé avec de l’écorce de karité concassée) et une pommade au karité ont été mis au point. Mieux : nous avons d’ores et déjà trouvé un débouché avec la production de petits savons pour un hôtel de Ségou.
Le dernier jour des formations organisées par Planète Urgence est traditionnellement l’occasion de la remise des attestations aux personnes formées. Cette fois-ci, la présidente du groupement avait invité le Ministre de l’artisanat et du tourisme. C’est donc en sa présence et sous les caméras de l’ORTM, la télévision nationale malienne, que nous avons clôturé cette formation.
18 juin 2009, épisode 5 : des femmes au caractère bien trempé.
On n’évoque jamais assez le rôle primordial des femmes dans le développement. Leurs initiatives, toujours concrètes et utiles dans l’amélioration de la condition des femmes, et des conditions de vie en général, sont à saluer.
Deux exemples rencontrés ces derniers jours.
L’action de l’association APAFE (appui à la promotion des aides familiales et à l’enfance) vise à améliorer les conditions de vie des filles migrantes, des enfants et des jeunes par des actions de prévention, promotion et protection des droits, de formation et d’insertion professionnelle. Concrètement cette association contribue par exemple à l’embauche des aides familiales sur la base de contrats respectant leurs droits. J’ai moi-même fait appel à ce service pour la personne que j’emploie à domicile pour le ménage et la cuisine.
A Ségou, j’ai longuement échangé avec les femmes du Centre Niéléni. Elles sont plus d’une centaine à tirer des revenus de multiples activités comme la fabrication de tapis traditionnels (elles achètent de la laine de mouton, la file, la teinte puis la tisse), la production d’oignons, la transformation et la vente de produits agro-alimentaires (jus de gingembre, bissap, tamarin, mangue, orange, citron, fabrication de mangue séchée…).
Ces structures sont dirigées par des femmes au caractère bien trempé, par des « femmes leader » comme on dit parfois ici. Pas étonnant que certaines se soient également lancées dans la politique…
9 juin 2009, épisode 4 : enfants des rues à Bamako.
La visite d’un établissement d’accueil pour les enfants des rues à Bamako me touche particulièrement. La présidente de l’association porte le projet à bout de bras. Elle a ouvert un petit restaurant en face pour gagner un peu d’argent.
Elle nous montre fièrement que l’électricité vient d’être refaite. Avec l’aide d’amis nous indique-t-elle. Le travail est propre, des baguettes cachent les fils électriques, les néons fonctionnent. Nous notons cependant l’absence de cache-prises alors que les nombreuses prises sont à hauteur d’enfant, et surtout la nécessité de protéger de la pluie l’amas de fils sur la façade du bâtiment.
Planète Urgence a récemment appuyé cet établissement pour la mise en place d’une infirmerie et la gestion d’un stock de médicaments de premier secours pour les enfants.
A présent, la présidente souhaite mettre à profit la subvention que nous lui allouons pour refaire la peinture (les murs sont très sales) et nous propose de réfléchir avec elle à la mise en œuvre d’une formation sur la nutrition des enfants. Le projet nous intéresse, nous le réaliserons, mais AVEC elle, c’est la clef de voûte de notre intervention.
4 juin, épisode 3 : prédécesseur souffrant.
Les choses ne se passent pas vraiment comme prévues pour la passation de service avec mon prédécesseur. Ce dernier est souffrant, il a été hospitalisé ce matin dans une clinique de Bamako. Il a de fortes fièvres depuis vendredi, ne parvient pas à s’alimenter, s’affaiblit et se déshydrate. Il n’a pu venir travailler que quelques heures lundi. Diagnostic : bronchite pneumopathique. Il envisage d’avancer son départ au mercredi 10 juin. J’imagine son regret et sa tristesse de devoir quitter le Mali ainsi, précipitamment, après plus d’un an.
Quand la santé est en jeu, le boulot passe au second plan. Au bureau, je m’appuie sur les collègues et je fais dans la « débrouillitude », pour paraphraser une certaine S.R.
Et ça ira, inch’allah !
3 juin, épisode 2 : premier choc, premier coup de poing.
Depuis le taxi emprunté pour me rendre à une réunion avec une association de jeunes investis dans la lutte contre le SIDA, j’assiste, impuissante, à un accident. Particulièrement brutal. Le taxi qui nous précède, une grosse Mercédès, fauche un jeune piéton sur le bord de la route. Le choc est d’une violence inouïe. Le piéton vole puis retombe comme un pantin désarticulé. Etendu sur le côté de la chaussée, le corps est inerte. Sur le crâne, une longue fissure rouge me saute aux yeux.
La Mercédès s’arrête quelque trente mètres plus loin, juste devant un groupe de gendarmes qui ont assisté à la scène. Plusieurs questions jaillissent dans ma tête : Le piéton est-il mort sur le coup comme on peut malheureusement le craindre ? Le chauffeur du taxi se serait-il arrêté sans la présence des gendarmes ? Va-t-il être jugé, emprisonné, ou bien s’en sortira-t-il en donnant de l’argent?
L’image du crâne fissuré reste dans mon esprit, indélébile.
3 juin, épisode 1 : Au Mali.
Je suis au Mali depuis quatre jours et je m’habitue peu à peu à la chaleur. Le mois de mai est l’un des mois les plus chauds de l’année à Bamako. Actuellement le thermomètre dépasse les 40° à l’ombre et les maliens attendent impatiemment les premières pluies qui ne devraient plus tarder. L’agriculture a un besoin vital d’eau, dans ce pays comme ailleurs.
Mais la circulation deviendra alors plus difficile sur les nombreuses pistes en latérite de la ville et du pays, les moustiques feront leur apparition…
Le bureau de l’ONG Planète Urgence à Bamako se trouve au siège de l’Association Permanente des Chambres des Métiers du Mali (APCMM) – les maliens raffolent des acronymes en tout genre, ainsi une association de femmes maliennes se nomme le SMUFJF : Servir Mille et Une Femmes et Jeunes Filles – avec laquelle il existe un partenariat solide, notamment en faveur de la formation des artisans. Dans la même aile du bâtiment, travaille la cellule technique d’un projet de la coopération allemande, d’où le surnom « d’aile européenne ».
Le midi, je déjeune avec des collègues maliens à la « cantine » du Service malien de l’Hydraulique, à deux pas de l’Ambassade de France, de la forteresse Ambassade de France devrais-je dire. Les discussions sont intéressantes et l’échange au rendez-vous. Sur la politique par exemple. Ainsi certains maliens dénoncent la multiplication des partis politiques dans le pays – « Tout le monde veut créer son parti, c’est trop facile ! Cela ne veut plus rien dire ! ». Mais ils sont fiers de la stabilité politique acquise par leur pays depuis quelques années, après une longue dictature militaire. Equilibre fragile cependant. L’un d’eux me confiait ce midi la crainte d’un nouveau conflit au Nord du pays, surtout si du pétrole venait à y être trouvé.
A mon prochain programme : des déplacements à Ségou, Mopti et Siby. Je vous raconterai !
A bientôt.